Drone : des essais pour convaincre
Deuxième vol d’essai pour 2020 sur les parcelles en forte pente de Juliénas et du mont Brouilly réalisé par l’IFV – Sicarex Beaujolais.

Sur les hauteurs de la commune de Juliénas, en plein cœur des crus du Beaujolais, les rayons du soleil s’abattent progressivement sur les vignes de Vincent Audras. Dans le chemin, Loïc Saura de la société Drone Vision Pro basée à Montpellier, déploie les hélices de son drone de 2,2 m d’envergure sur une plateforme. À ses côtés, Pierre Martini, ingénieur œnologue à l’Institut français de la vigne et du vin (IFV) de Villefranche, et chargé de mission développement durable, rempli la cuve du drone d’un produit à base de soufre et de cuivre, sous les yeux de deux représentants de la Draaf, venus inspecter ces essais d’épandage par drone.

Après avoir défini son plan de vol, correspondant aux limites de la parcelle et effectué ses derniers réglages, Loïc Saura pilote à distance le drone muni de buses et qui, grâce au mouvement des hélices, applique le produit sur la vigne, avec peu de dérive. Équipé d’un radar, le drone survole la parcelle en travers de la pente à une hauteur de 3,5 m. Plus tard dans la matinée, sur le mont Brouilly, là où se situe la deuxième parcelle test en Beaujolais, les mêmes modalités ont été reconduites. Depuis 2019, ces expérimentations d’épandage par drone sont rendues possibles jusqu’à 2021 dans le cadre de la loi EGalim.

Des conditions d’application

Un arrêté du 26 août 2019 autorisant l'expérimentation, sous conditions, de traitements phytosanitaires par drone pour les vignes en fortes pentes, est ensuite paru au Journal officiel du 8 octobre 2019. Ainsi, la Chambre d’agriculture d’Ardèche a déposé une demande auprès des ministères de l’Agriculture et de l’Alimentation, et de la Transition écologique. Le nom du projet : Drone Viti. Suite à l’accord donné par arrêté préfectoral du 7 mai 2020, des essais sont donc menés sur la commune de Cornas, ainsi que dans le Beaujolais, l’IFV-Sicarex Beaujolais étant aussi partenaire du projet Drone Viti.

Pour ces essais, les conditions d’application sont clairement définies. « On réalise des expérimentations d’efficacité biologique, avec des produits autorisés en agriculture biologique, à base de cuivre et de soufre exclusivement. On utilise un drone homologué, dont le poids maximal est de 25 kg (produit inclus) et le pilote doit avoir son brevet. La pente doit être supérieure à 30 %. L’objectif est d’observer la qualité de pulvérisation d’un drone et de la comparer aux modalités vigneronnes traditionnelles, telles que le tracteur ou l’atomiseur à dos. Plus spécifiquement à Cornas, nous allons tester l’innocuité opérateur vis-à-vis des produits phytosanitaires et des risques au niveau des ports de charge », développe Pierre Martini.

Une fois les épandages effectués, les ingénieurs vont ensuite réaliser régulièrement des comptages de maladies (black-rot, mildiou, etc.) qui affectent la vigne sur les différentes modalités.

Projets Drone Viti et PulvéDrone

Ces essais seront reconduits en 2021. « Et contrairement à cette année, où nous avons été contraints de retarder nos vols d’essai, ce sera une année complète de traitement par drone », précise Pierre Martini. Ensuite, un rapport final devra être remis, au plus tard six mois après la réalisation de l’essai et avant le 30 octobre 2021. Et selon Pierre Martini, il faudra attendre 2022 pour connaître le verdict sur l’utilisation ou pas des drones de pulvérisation en protection des cultures.

Ces essais menés dans le cadre du projet Drone Viti ne sont pas les seuls. L’Alsace teste aussi l’épandage aérien par drone. Ces programmes viennent compléter des expérimentations déjà conduites depuis 2019 dans le cadre du projet PulvéDrone, mené au sein de l’UMT EcoTech. Ce dernier a pour objectif de fournir d’ici la fin de cette phase d’expérimentation, les références techniques nécessaires pour appuyer les décisions à venir. De premiers essais au champ avec pulvérisation de traceurs s’étaient déroulés au printemps-été 2019, sous différents stades de végétation, en Ardèche, en Alsace ainsi que dans le Rhône.

Selon l’Inrae, les premiers résultats confirment la régularité du traitement et la constance des paramètres de vol des drones utilisés, permettant ainsi d’avoir des performances similaires à celles d’un pulvérisateur à dos. De premiers points d’amélioration et points clés ont pu être identifiés sur les machines : importance d’un positionnement et d’une mesure précise de l’altitude, nécessité d’embarquer des pompes suffisamment puissantes pour permettre l’utilisation de buses antidérive notamment. « L’objectif sera de mettre en commun l’ensemble de ces résultats », conclut Pierre Martini.

David Duvernay

Retrouvez la vidéo sur : www.infoagri69.fr
Image1
Muni de buses, le drone applique le produit sur la vigne avec peu de dérive grâce au mouvement des hélices.